CLEDER OU LES PERIPETIES D'UN 100 KM EN DIGIVOLUTION

Alors que nous prenions la route pour Cléder, charmant petit village breton du Finistère, mon fils Virgile 5 ans et demi demanda à son papa Doudou s'il n'avait pas peur de se faire digivolver aux 100 kms de Cléder. Celà nous fit bien rire. Pourtant à mi-chemin un voyant sur le tableau de bord de la voiture attira l'attention du chauffeur. La batterie, tiens c'est bizarre, j'espère que ce n'est pas l'alternateur. Les kms défilent. L'enseigne d'un garage Renault est bienvenue. Controlons la chose. Pas de doute c'est bien l'alternateur. Il faut économiser l'énergie, malgré la température élevée, les glaces resteront fermées, pas de musique en route. Le silence s'installe. J'ai faim dit Virgile. Arrêtons nous, laissons tourner le moteur pour être sûrs de pouvoir atteindre notre but. Pendant le repas Christian décide d'appeler son oncle déjà présent à Cléder afin de lui demander de trouver un garage susceptible d'effectuer la réparation. Le portable ne veut rien savoir, nous sommes dans un trou ou bien ce sont vraiment les digimon qui ont décidé de nous court-circuiter pour la seconde fois. Enfin le message passe et à notre arrivée tout est fin prêt, le garage prend en charge la voiture et nous pouvons nous reposer dans le camping car du tonton au bord de la mer. 18 h 30 reprise du véhicule pour se rendre à l'hôtel réservé depuis des mois. Après 10 mn le tableau de bord s'allume de nouveau. Nous arrivons malgré tout à l'hôtel pour découvrir notre chambre. Nouvel appel au garage pour signaler le problème. Il est décidé que la voiture passera la nuit au garage pour que l'intervention ait lieu dès l'ouverture le lendemain matin.

Un digimon parmi tant d'autres
Entre temps nous avons déposé les bagages dans une chambre sinistre aux papiers peints et à la moquette défraîchis. Les digimon ont même arraché les rideaux des fenêtres pour les jeter en boule dans le fond de l'armoire. Les fils électriques sont énormes, les lampes sont masquées par des abats jours montés à l'envers (encore une blague de digimon) et la literie trop molle est imprégnée de l'odeur de graillon de la cuisine située au dessous. La salle de bain sur le palier est commune aux autres occupants de l'hôtel et il faut monter un étage pour atteindre les WC. Ca commence vraiment bien. Impossible pourtant de faire marche arrière, tout est complet dans les environs depuis des mois.
La première nuit nous comptons les heures. Les digimons envoient par la fenêtre des flashes lumineux à chaque passage de véhicules et ont même engagé MetalGarurumon le digimon motard pour faire un aller retour vrombissant qui pourrait bien un jour se solder par un aller simple. Heureusement le petit déj est appréciable. Christian pendant ce temps là prépare ses affaires avec sa minutie habituelle. La voiture remarche, la journée s'écoule doucement. 19 h en route pour la pasta party. Pas de digimon en vue, tout se passe bien au son rythmé d'une musique bretonnante.
Le retour à l'hôtel s'effectue sans soucis mais le bar est ouvert et les clients piaillent à qui mieux mieux. Christian découvre sur son portable le message amical d'encouragement de Michel L. Ca lui fait plaisir. 11 h 30 le silence tant attendu se fait mais deux heures plus tard, branle bas de combat dans la cuisine au dessous. Les digimon-coureurs n'ont pas eu leur compte de pâtes. A 3 h tout l'hôtel est réveillé, les robinets coulent en grinçant, les parquets craquent. C'est l'invasion totale des monstres digimonesques. Vite fuyons cet univers, il faut vraiment le sommeil lourd d'un petit garçon de 5 ans pour résister à un tel chambardement. Nous partons pour Cléder rejoindre l'oncle de Christian au camping car ou Virgile terminera sa nuit.
4 h 15 Christian se concentre dans la voiture. Il ne fait pas froid et pour le moment pas de pluie. Je le trouve tendu et un peu énervé. Mais ça ira.... Un dernier bisou avant de rejoindre la ligne de départ revêtu de son sac poubelle.
4 h 50 Je rejoins le lieu prévu pour les photos. Tout est calme. Les digimons ont du s'endormir. La 2ème fusée annonce qu'il reste 5 mn avant le départ. Il fait nuit. Le coup de canon retentit. Après une boucle de 1,7 km les premiers coureurs arrivent.
J'ai du mal à repérer celui pour lequel je viens de vivre deux jours "monstrueux" mais il est bien là et me crie "je suis là poussin" mais trop tard je n'ai pas eu le temps de déclencher la photo. Un digimon invisible a retenu ma main. Je reviendrai vers 8 h 15 pour le second tour. Et j'y suis à ce 50ème km. Il fait jour, je le repère de loin et me positionne. Une photo mais son regard m'interpèle, il ne semble pas au mieux de sa forme. J'implore tous les monstres du digimonde de lui foutre la paix et lui crie "bon courage" Son concle s'est arrêté pour me dire que tout ne va pas pour le mieux. Je n'ai plus qu'à l'attendre.....
Mais pas très longtemps au 57ème km, Christian s'est fait "digivolver" par un monstre habile.
Il est là face à moi le moral bas. Tant d'heures de préparation, de route, un investissement physique aussi important pour rien dit-il. Moi je trouve que 57 km c'est déjà beaucoup. J'essaie de lui remonter le moral et pendant les 2 jours qui suivent, j'écoute ses raisonnements, je donne mon avis. Je comprends sa déception mais je connais l'homme, il ne se laissera pas abattre par une bande de petits monstres ambitieux. La prochaine fois, il fera appel à son "digisauveur".

Annie Petit
Rédigé à Trébeurden le 28 aôut 2001
 

Un digisauveur